mercredi 28 décembre 2016

Ah ce qu’on est bien chez nous mais…Les travaux


Instant ultime de jouissance méritée.

Vous avez tout payé, le mois est sur les rails, le compte bancaire coule dans son coin sans faire de bruit, le frigo ronronne, la TV meuble le silence, le robinet coule.

Le robinet coule?

Oui: Le robinet coule.

Le robinet de l'arrivée d'eau de la chasse d'eau, ce petit vicieux qui ne sert JAMAIS à rien et qui comme ça, parce qu'il a décidé de faire chier, se met à couler. A l'aise.

Qu'à cela ne tienne, vous êtes le roi de la bricole, le king de la plomberie, le killer de syphons, le … merde! Tout lâche! Ça fuit de partout, vous avez eu la main lourde avec la clé à molette et l'eau emménage gaiement dans votre clapier.

Vous coupez l'arrivée d'eau générale et cherchez le numéro d'un vrai plombier.

Le vrai plombier arrive, mets deux coups de clé et pose un joint, vous soulage de 150 euros et annonce, fier de lui, que votre installation est pourrie et qu'il faut tout refaire. D'ailleurs il n'est pas électricien mais vu la gueule des prise et des interrupteurs l'électricité a dû être posée avant l'immeuble! Il a des amis qui peuvent vous faire ça pour pas cher en plus!

Vous songez à installer un planche à billets dans la salle de bains.

La chose en survêtement qui hante votre sofa depuis des lustres l'ignore encore mais l'heure de trouver un job a sonné, elle va devoir ravaler le filet de bave qui orne son visage flétri par des heures quotidiennes de Jean-Pierre Pernaud, allumer la lumière derrière le regard vitreux et se foutre au boulot.

La surprise du chef partie 2 : Les impôts locaux


Vous venez de payer vos charges et par la même de réveiller votre banquier que vous aviez habilement calmé avec un sourire jovial et bonne bouteille de médoc Carrefour une semaine auparavant.

Arrive le courrier (c'est toujours un courrier qui vient vous pourrir la vie au moment où vous pourriez enfin profiter de votre statut privilégié et vous vautrer dans votre sofa devant une bonne émission de variétoche à décérébrer un troupeau d'abonnés à la fondation Mensa.) et vous ouvrez cette missive tamponnée en haut à gauche du sceaux de l'administration fiscale, votre préférée.

Vlan! La taxe fonciére est là, celle qui complète sa frangine, la taxe d'habitation, la cousine de l'autre, la taxe d'enlèvement des ordures ménagères, juste à côté de la redevance TV, celle qui vient avant la facture de gaz...Vous sentez le sol (votre sol) qui vascille sous vos pompes encores collantes d'avoir traversé le quartier.

Pas grave, vous êtes entré depuis quelques temps déjà dans la phase de renonciation, votre compte est dans le rouge, cramoisi même, mais vous êtes désormais habitué, comme on s'habitue à prendre de mauvaises notes après les premières fois. 

Vous devenez le cancre de votre conseiller financier, celui-là même qui vous a endetté jusqu'au trognon il y a ...euh....1 an à peine!?

Vous payez vos impôts avec l'argent virtuel que vous prête votre banque ( en faisant semblant de ne rien voir) à un taux d'intérêt et des AJO à faire pâlir un usurier.

Et zou! Tourne le manège enchanté de la vie de proprio!

La surprise du chef partie 1 : Les charges


Et hop! Une petite facture du syndic pour vous remonter le moral. 

L'ascenceur même payé reste un gouffre à poignon: L'entretien obligatoire, les pannes répétitives...il rivalise avec les frais de gardiennage, de jardinier pour le carré de pelouse de deux mètres carrés, d'entretien de l'immeuble en général et de trucs dont vous n'auriez pas même soupçonné l'existence avant de signer votre acte de vente et de devenir Dieu du béton.

Les charges...Comme charge d'explosifs, charge d'un taureau, charge de travail...les charges c'est flippant, elles sont une tuile perpétuelle qui tombe sur la tronche du propriétaire pour le punir d'avoir eu l'outrecuidance de prétendre posséder un carré de planète pour lui tout seul.

Propriétaire...

Les copropriétaires


La réunion des copropriétaires, moment de grâce dans la vie de l'immeuble, saura faire de votre semaine chiante comme un combat de hannetons un festival de joie et de bonheur que vous envierait un Télétubbies.

Une réunion de copropriétaires est une guerre de tranchées: Chacun ne pense qu'à sa gueule et veut faire payer les autres, l'objectif étant de tenir durant toute la réunion sans lâcher le bout de gras. 

Le vieux croulant du 5ième veut son putain d'ascenseur, la gardienne fait l'unanimité contre elle, le friqué du second veut refaire les parties communes façon marbre et paillettes, les jeunes sont trop bruyants, les jeunes sont trop méchants, les jeunes sont trop...jeunes. 

Tout est mal fait, tout est pourri, il faut, il faut, il faut....dépenser votre fric! 

Ces branleurs ne pensent qu'à « entretenir leur patrimoine » alors même que vous cherchez à entretenir votre compte en banque qui s'obstine à rester sous le niveau de la mer. 
 
La réunion de copropriété est une torture projective, un summum du raffinement que les joyeux tôliers de Guantanamo n'auraient oser infliger à leurs pensionnaires, une prévisualisation de tout les éléments qui vont venir vous pourrir la vie dans les années qui viennent.

C'est aussi l'occasion toujours jouissive de voir ce bon vieux Jean-Louis, toujours sous médoc, en moitié moins gros que le mois précédent. Ce mini-Jean-Louis n'est pas sans vous rappeler ce chien moche vu sur le net il y a peu et vous gloussez intérieurement malgré le troupeau de cons qui vous entoure.

A côté d'une réunion de copro, un garagiste est une lopette, un gagne-petit. 

Un embrayage à changer sur une voiture neuve vous fera hurler de rire à côté d'un ascenseur à poser dans un immeuble bien vieux et bien étroit pour faire monter un voisin aussi vieux et moins étroit dans son cube haut perché.

Après une estimation du volume de l'animal vous doutez d'ailleurs de la faisabilité de la chose sans rogner une partie de votre appart afin de laisser passer une cabine grosse comme une armoire normande, là, juste derrière votre tête de lit.

Vous vous surprenez déjà à envisager la solution radicale qui ferait par ailleurs le bonheur d'un nouveau primo-accédant désireux de goûter au bonheur de la propriété. 
 
Vous découvrirez aussi que le « vieux » est une espèce dominante et que malgré un déambulateur et une bouteille d'oxygène dans le dos il est un grand prédateur déterminé à gonfler son voisinage durant de longues années avant de rendre l'âme en toute intimité pour finalement sécher sur la moquette pendant des mois, bien à l'abri derrière sa porte blindée.

L'absence d'activité de l'ascenseur, ultime pied de nez, finira par alerter un voisin moins indifférent que vous et un employé d'une boite de nettoyage spécialisé, dernière victime, devra décoller ce vieux con de son mobilier.

Le quartier


Belleville!

N'importe quel gros abruti qui vous parle de Belleville avec les yeux brillants et une voix tremblante sous l'émotion mérite un énorme coup de pompe dans la gueule. 

C'était peut être marrant dans les années 20 mais aujourd'hui, Belleville est un quartier merdique, dévasté. Beyrouth ressemble à une villa pour touristes Japonais en comparaison.

Si vous êtes unijambiste à Belleville c'est une chance: Vous avez deux fois moins de chance de marcher dans une merde de chien. Et Attention! A Belleville on élève pas du Teckel foireux: La merde de Belleville vous remonte jusqu'au genou, se glisse dans vos chaussettes et y tape un sitting en chantant la Traviatta. 

La "déjection canine"  « made in Belleville » doit être pondue par un Brontosaure ou au moins un pachyderme domestiqué. 

J'ai cherché longtemps cet animal mythique mais à ce jour, comme le Zébu je n'en ai vu que les traces malodorantes et inévitables déposées ça et là comme autant de mines antipersonnelles. 

Si vous résistez à cela*, vous pouvez passer au reste du quartier ou envahir l'Afghanistan en tongues.

* Pensons tout de même à ceux qui y ont laissé leur peau, collés sur les trottoirs comme des mouches sur un papier gluant. Toutes ces pauvres âmes...sic! René, Denise, Raoûl et tant d'autres...Oiseaux mazoutés sur le bitume chaud de ce quartier propre comme une vieille couche usagée.

Belleville c'est aussi Kebab City, le steak au fer à repasser et la frite à l'huile de vidange, un marchand de Kebab tous les 10 mètres et des conditions d'hygiène à faire fuir le plus déterminé des ados boutonneux en quête de sa dose de gras de mouton. 
 
Entre deux Kebabs vous pourrez faire une pause digestive le temps de décoller votre pied gauche en fumant une cigarette (attention aux mocassins et autres « chaussures bateau », elles restent collée par effet d'aspiration visqueuse dans les trottoirs locaux, mieux vaut privilégier les paraboots ou Doc Marten's (pas le modèle blanc bien sûr.)).

Sinon, pour l'aspect culturel du quartier, son architecture, son atmosphère, restez chez vous et offrez vous une gastro devant une toile de votre dernier-né, c'est pareil.

( PS: En tirant le pied gauche, celui qui porte bonheur, un peu plus loin vous trouverez le Père Lachaise, seul bastion de nature et de paix à proximité. Le bon voisin est un voisin mort.)

La "journée des voisins"!

Le summum dans l'art du juste voisinage reste la « journée des voisins » durant laquelle tout l'immeuble se retrouve devant un verre (voir deux ou dix-huit)  afin de se remémorer jusqu'à se mettre sur la gueule cette formidable année durant laquelle tant de choses enrichissantes sont venues égayer le morne quotidien: 
 
- Jean-Louis du 1er est tombé en heurtant la poubelle mal rangée par cette garce de gardienne (hochements de têtes réprobateurs).

-Jean-Louis est retombé dans l'escalier à cause de son plâtre durant la panne d'ascenseur que la société a mis si longtemps à réparer (à cause des jeunes qui y travaillent). 

-Jean-Louis encore, le survivant, s'est viandé comme une merde quand sa béquille a glissé sur une flaque d'huile laissée là par le scooter d'un JEUNE...

...et encore Jean-Louis qui reçoit des lettres anonymes qui achèvent le peu de moral qui lui restait. 
 
Au fond, vous l'aimez beaucoup Jean-Louis, vous êtes pris de compassion et cherchez à approcher ce néo-Pierre Richard sous Prozac afin de lui faire part de votre admiration et là, le triple rhum-coca à la main et l'air sorti d'une essoreuse, vous reconnaissez le voisin du dessus. 

Jean-Louis n'est pas le casse-couilles qui est déjà rentré enfoncer madame dans son iphone, non: C'est son voisin, celui qui a reçu votre beuglante crue et moite.

Vous amorcez un habile demi-tour feignant une parfaite maitrise de la danse urbaine et réintégrez l'abri sûr du fond de cour mal éclairé. 

Vous regardez autour de vous et comprenez soudain que vous êtes seul en milieu hostile: L'heure de la retraite a sonné. Vous pensez soudain à ce film de zombies vu la semaine dernière et un frisson glacé vous parcourt l'échine.

Avec une grande sagesse et un très haut degré d'alcool, ce soir là, vous mettrez un terme à toute tentative de sociabilité: Vos voisins sont vos pires ennemis, vos compagnons de cellule, une bande organisée dont le potentiel de nuisance est quasi illimité, un groupe sectaire vénérant l'Ordre et le faux semblant jusqu'à l'évanouissement collectif.

Mais vous êtes PRO-PRIE-TAIRE et au fond, c'est tout ce qui compte!

Tiens? Mais vous vous demandez qui est cette jeune femme affalée dans votre sofa qui regarde la télé avec l'oeil torve et un survêtement rose à faire dégueuler Hello Kitty.

Les voisins (partie 2)

D'autres voisins pratiquent la nuisance passive, indirecte, celle qui conduit aux gestes désespérés comme mettre une lettre dans la boite, un mot sous l'essuie glace de l'épave merdique qui leur sert de bagnole, garée comme on jette un vieux chien arthritique sur une aire d'autoroute.

Vous iriez même jusqu'à scotcher un truc incendiaire plein de gros mots et de menaces sur leur porte à 3 heures du mat', oui madame: sur leur porte blindée 4 points avec un juda et cette délicate couleur dont on ne se rappelle jamais.

Bien sûr, comme dans votre pire cauchemard vous croiserez le voisin que vous étiez courageusement venu engueuler à mort sans retenue par papier interposé. 

Celui-là, énervé d'avoir tant battu sa greluche avec son iphone tout neuf et désormais défaillant vous demande d'un ton amical comme un coup de pied dans les parties si c'est lui que vous venez faire chier à une heure aussi tardive.
 
Vous prétextez alors avec courage un différend avec le sale enculé de l'appartement voisin et collez votre prose désormais moite sur la porte de ce dernier, sous le regard approbateur du casse-couilles ( Celui-ci confirme bien à cette occasion que ce voisin ne cesse de le faire chier au motif qu'il serait un peu bruyant.). 

Pour finir il vous adresse une tape amicale (sans iphone) sur l'épaule et vous invite à l'apéro un soir où sa connasse sera au boulot (vous le quittez avant qu'il coule une larme devant son nouvel ami/alié/compagnon/frère).

D'une pierre deux coups vous venez de vous faire un nouvel ami précieux et de perdre un autre gentil voisin qui sera désormais dans le camp de l'annexe du KGB du 3ieme, plus acharné qu'un pittbull schizophrène: Votre réputation grandit, vous préparez l'hiver.